« C'était l'aube du troisième âge de l'humanité, 10 ans après la guerre entre les terriens et les minbaris. Le projet Babylon était un rêve qui s'était concrétisé. L'objectif était d'éviter une autre guerre en créant un lieu où humains et extraterrestres cohabiteraient dans le respect de leurs différences. C'était une escale, une seconde maison pour tous : diplomates, affairistes, innovateurs et vagabonds. Des humains et des extraterrestres dans une coque de métal de 2 500 000 tonnes, tournoyant seule au cœur des ténèbres. Cet endroit pouvait être dangereux, mais c'était notre ultime espoir de paix. Voici l'histoire de la dernière station de type Babylon. Nous sommes en 2258, cette station s'appelle Babylon 5 » (Commandant Jeffrey Sinclair)
La première saison de Babylon
5 est à l’image de son générique : introductif. Joe
Straczynski a conçu la série comme une immense saga avec un début,
un milieu et une fin où les multiples arcs de la série
s’emboîteraient pour former une grande histoire. Signs and Potents (afin d'accentuer le
coté littéraire de sa série, JMS à donner un titre à chacune des
saisons) va donc avoir comme rôle principal d’introduire le
spectateur à cet univers. JMS a bien conscience qu’il serait
idiot d’installer sa mythologie et de commencer
l’aventure d’entrée de jeu. Une histoire aussi complexe
nécessite une mise en place progressive.
Si cela explique le ton de la première saison elle n’excuse
pas, bien sur, certaines carences. La première saison souffre
d’un faible budget (cela se remarque très facilement dans les
premiers épisodes qui sont très limité dans leurs décors) ainsi que
de l’absence de Straczynski en tant qu’auteur. Car même
s’il supervisait très précisément l’évolution des
intrigues et de ses personnages dans chacun des épisodes, il ne
pouvait véritablement imprimer sa griffe dans certaines histoires.
La première saison est vraiment la plus faible des cinq et
c’est celle qui cumule les plus mauvais épisodes de la
série.
Il est, par contre, très intéressant de revoir cette saison quand
on à vu l’intégralité de la série. On aborde alors ces
épisodes d’un tout autre point de vue. Leurs défauts sont
vite oubliés face l’ingéniosité de la mise en place de
l’univers. Tous les épisodes de Signs and Potents contiennent leurs
lots de scenes, de révélations, de petites phrases qui, mine de
rien, mette en place les intrigues futures.
On peut classer les épisodes de la saison en deux catégories
Les épisodes
indépendants
A travers leurs histoires indépendantes, ils posent l’univers
de Babylon 5 nous
familiarisant de plus en plus avec cette station et ses habitants
au fil des épisodes. Du centre de commande jusqu’au bas
fonds, chaque recoins de la station nous est présenté. On reste
encore dans une phase de stéréotype des personnages, mais des
failles apparaissent ici et là dans leurs caractères. Au-delà de la
station c’est aussi tout son univers qui est posé. La Terre
avec ses problèmes politique et social, le Corps Psy, la haine
entre les Narns et les Centauris, le mystère qui entoure les
Minbaris et les Vorlons etc etc. Sans que l’on se rende
compte, on s’habitue de plus en plus à cet univers. Quelques
épisodes se distinguent aussi de par leurs qualités. Je pense
notamment à Believiers et sa
fin dramatique, ou bien encore Deathwalker et son art de la
diplomatie, ou bien encore By Any
Means Necessary et son conflit social. Mais tous cela ne
nous contente pas, et on en veut encore plus ! C’est là
qu’intervient l’autre catégorie d’épisodes.
Les épisodes mythologiques
Ils sont aux nombres de sept et s’articulent pour la plupart
autour de Sinclair et sa perte de mémoire de 24 heures durant la
bataille de la ligne. Ainsi qu’autour du rôle des Minbaris et
de Delenn dans ce mystère et de la haine mutuelle entre les peuples
de Londo et G’Kar. Ce sont ces trois grands arcs que se
chargent de nous présenter In the
sky full of Star, Signs and
Potents et Chrysalis.
Tous ces arcs semblent indépendants, mais on perçoit déjà, lorsque
apparaît Morden et ses étranges associés, qu’ils sont
l’arbre qui cache la forêt. D’autres mystères viennent
également se rajouter. Ainsi Voice
in Wilderness part 1 & 2 introduit la grande machine
d’Epsilon et les tensions qui existent entre Mars et la
Terre. Tandis que Babylon
Squared nous révèle une partie du mystère de la disparition
de Babylon 4. Enfin dans Mind
War, le Corps Psy nous est montré dans toute sa noirceur par
le biais du personnage de Bester. Succulent salaud et premier grand
méchant de la série, même si le terme n’est pas le plus
adéquat. Comme le dit G’Kar dans cet épisode : « Laissez moi
vous transmettre la seule leçon que j’ai apprise en vivant
sur Babylon 5. Aucun de nous ici n’est tout à fait celui
qu’il paraît être ». Phrase instantanément culte de la série,
qui anéanti dés lors tout manichéisme chez les personnages
Il est intéressant de voir que tous les épisodes (à part
Grail) sont toujours
construits dans l’optique de faire évoluer un des personnages
du cast. La fin de la saison permet d’établir un petit bilan
: Des personnages comme Lennier, Vir et Na’Toth sont
clairement enfermé dans un rôle stéréotype. Ces aides
d’ambassades ont pour principale fonction d’être des
faire-valoir aux ambassadeurs et d’assumer une fonction
comique basée sur leur naïveté et le choc des cultures. On verra
que par la suite cela n’est plus du tout le cas et que
certains de ces personnages vont être très approfondis.
Même si elle a été l’héroïne de plusieurs aventures, on ne
peut pas vraiment dire que le personnage de Talia Winters a subit
une évolution. Elle reste très ancrée dans son rôle de télépathe
servant fidèlement le Corps Psy. Ce n’est que dans ses clashs
avec Ivanova qu’elle acquiert une réelle dimension, car alors
sa fidélité envers le Corps Psy est contre-balancé par le drame du
lieutenant-commandant. Toutefois, la remise en cause de cette
organisation, pas si nette que ça, n’est pas encore à
l’ordre du jour.
Susan Ivanova est une valkyrie qui dissimule de profondes blessures
sous une armure impénétrable mais qui révélera des fissures au fur
et à mesures des épisodes tel que Born to the Purple ou bien encore
T.K.O où elle fera le deuil
de son père dernier survivant de sa famille. Son humour à froid, sa
beauté, sa force et ses faiblesses en font un personnage
fascinant.
Michael Garibaldi apparaît comme le personnage le plus humain de la
série, devenant notre ancre dans cet univers. Honnête mais
colérique, son passé d’alcoolique et ses anciens échecs le
font constamment douter de lui. A l’opposé de ce personnage,
nous trouvons Delenn et le docteur Steven Fanklin qui sont les
idéalistes de la série, mettant un point d’honneur à tout
faire pour créer un monde meilleur et à toujours voir le bien chez
l’autre. Cet idéalisme naïf sera mis à mal chez Franklin
(Believers l'épisode le plus
dramatique de la saison), et il sera contrebalancé par les mystères
qui entoure Delenn concernant Sinclair.
Le personnage « principal » du show est paradoxalement celui qui se
révèle être le moins intéressant dans son évolution. En fait le
commandant Sinclair est un personnage qui a déjà achevé son
parcours, malgré les doutes qui l’assaillent sur sa perte de
mémoire, et le sens qu’il veut donner à sa vie. Sinclair est
vraiment trop parfait pour qu’on puisse véritablement
l’aimer. Son jeu, même s’il est très bon, est vraiment
trop intérieur pour fonctionner avec le reste du casting. Les
changements intervenus dans la deuxième saison sont alors beaucoup
plus clairs
Enfin il reste nos frères ennemis favoris, Londo et G’Kar,
dont les clashs et les joutes durant cette année ont donné les plus
moments les plus drôles et les intenses de la saison. Toutefois ces
situations n’arrivent pas à masquer l’évidence : La
haine entre ces deux peuples risque d’engendrer quelque chose
de terrible. Londo et G’Kar sont beaucoup plus proches
qu’ils ne le pensent. Ils sont tous les deux des bons
vivants, et d’habiles diplomates mais leur lien est encore
plus fort. Selon Londo, G’Kar et lui mourront en
s’étranglant mutuellement dans une vingtaine d’année,
et s’il ne fallait retenir qu’une seule chose de cette
saison, c’est qu’ils sont les seuls à avoir répondu à
la question de Morden (What do you
want ?/Qu’est ce que vous voulez ?) et que leur
réponse fait froid dans le dos et risque de devenir terriblement
prophétique au vu du final de la saison.
Morden vs G’Kar
G’Kar : « Je ne suis
pas très sur d’avoir compris la question. Mr ? »
Morden: « Morden »
G’Kar « Morden, c’est ça. Qui, dites-vous, a autorisé
cet entretien ? »
« Le conseiller T’Bar. Premier cercle »
« Et sait-il ce qui vous amène ?
« Non, mais pour rencontrer quelqu’un de votre importance il
me fallait une recommandation et il me la fournit. Vous
n’avez toujours pas répondu à ma question. Qu’est ce
que vous voulez ? »
« Oui mais qu’entendez-vous au juste par : Qu’est ce
que vous voulez ? »
« Qu’est ce que vous voulez ? »
« Mais ce que je veux pour souper ? Ce que je veux faire ce soir ?
»
« Qu’est ce que vous voulez ? »
« Assez perdu de temps. Ce que je veux c’est que vous partiez
tout de suite et que vous me laissiez tranquille »
« Je vous laisse »
« Attendez. Ce que je veux ? Les Centauri ont démoli mon monde. Que
justice nous soit rendue »
« Qu’est ce que vous voulez ? »
« Vider de leur moelle leurs moindres petits os et réduire leurs
crânes en poussière »
« Qu’est ce que vous voulez ? »
« Raser toutes leurs villes, assombrir leur ciel et ensemencer
toutes leurs terres de sel pour se débarrasser de cette race infâme
»
« Et après ? »
« Je l’ignore. Tant que notre planète mère a sa sécurité
garantie je ne vois rien qui importe »
« D’accord. Merci encore de m’avoir reçu, ambassadeur.
Au revoir »
Morden vs Londo Mollari
Morden : « Ha ambassadeur je
venais justement vous rendre visite, je me présente, je suis.....
»
Londo: « Je suis désolé mais
je suis trop pressé pour bavarder avec vous. Prenez un rendez-vous
c’est plus simple »
« Mais j’ai déjà un rendez-vous »
« Dans ce cas prenez en un autre »
Londo (appuyant sur le bouton d’ascenseur) : « Jamais là
quand on en a besoin »
Morden : « Ambassadeur j’ai eu l’autorisation de vous
rencontrer… »
« Oui, oui j’écoute qu’est ce que vous voulez ? »
« Mais c’est ma question. Qu’est ce que vous voulez ?
»
« Vous êtes fou ou quoi ? Au revoir, allez importuner
quelqu’un d’autre »
(Londo entre dans l’ascenseur, suivi de Morden)
Londo : « Vous êtes vraiment quelqu’un de très obstiné
»
Morden : « Il le faut bien, je n’ai pas le droit de vous
laisser avant que vous ne répondiez à ma question. Qu’est ce
que vous voulez ? »
« C’est une discussion tout à fait idiote »
« Qu’est ce que vous voulez ? »
Londo (sortant de l’ascenseur) : « Qu’on respecte ma
tranquillité »
Morden : « Est-ce vraiment tout ambassadeur ? »
« Bon d’accord. Vous tenez absolument à le savoir ? Vous
voulez que je sois franc avec vous ? Je veux que mon peuple puisse
enfin reprendre la place qu’il mérite dans la galaxie. Je
veux voir les Centauris retrouver leur supériorité et commander les
étoiles. Je veux la réapparition de la gloire et le retour de la
puissance. Je veux arrêter de passer mon temps à courir comme
quelqu’un en retard à un rendez-vous qui a peur de regarder
ce qui c’est passé ou ce qui est devant lui. Je veux
retrouver mon peuple comme il était. Je veux que tout redevienne
comme c’était autrefois. J’ai répondu à votre question
? »
Morden : « oui tout à fait »
Mais le chemin de ces deux ambassadeurs commence à diverger. Alors
qu’il apparaissait au départ comme « l’agresseur »
G’Kar est devenu la victime d’un Londo qui a commencé à
sceller un pacte avec Morden dans le dernier épisode de la
saison
Signs and Potents est donc
une saison d’introduction dont les qualités
d’écritures, quant à la mise en place de l’univers,
sautent aux yeux lors d’une deuxième vision. Pour
l’instant elle reste une saison potable, la plus faible des
cinq, avec de très bon épisodes (Believers, Chrysalis, Babylon Squared,
Deathwalker, Mind War) et de très mauvais (TKO, Soul Hunter, Infection) mais on
sens derrière tous cela quelque chose qui ne demande qu’a se
réveiller. Tout comme Delenn à la fin de la saison, la mue va
commencer et va révéler quelque chose
d’époustouflant.

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